Écoconception des logiciels : pourquoi réaliser une ACV des logiciels ?

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L’écoconception, qui consiste à tenir compte des impacts environnementaux et sanitaires lors de la conception ou l’amélioration d’un produit (bien ou service), s’impose progressivement dans tous les secteurs économiques comme une démarche créatrice de valeur. Ceci parce que les entreprises sont de plus en plus sensibles à la responsabilité qu’elles ont vis-à-vis de notre planète et des générations futures, mais surtout parce qu’elles prennent conscience des multiples bénéfices qu’elles peuvent tirer de la mise en œuvre d’une telle démarche.

Retrouvez l’intégralité du Guide Méthodologique de l’ACV des logiciels ainsi qu’une étude de cas réel sur l’évaluation des impacts environnementaux d’une application.

Pourquoi réaliser une analyse du cycle de vie des logiciels ?

Il est cependant un domaine où l’écoconception n’en est qu’à ses balbutiements : il s’agit du monde du logiciel, dans lequel la plupart des méthodes et bonnes pratiques en la matière sont encore à inventer. Pourtant, comme dans tous les autres secteurs économiques, les avantages que peuvent en retirer les différents acteurs du monde du logiciel sont nombreux :

Réduction des coûts

En veillant à réduire les ressources ou matières premières nécessaires à la fabrication d’un produit, l’écoconception permet du même coup de réduire les coûts de fabrication. Cela est bien entendu aussi valable pour un logiciel : dans la phase de production d’un logiciel, réduire les fonctionnalités à développer, le nombre de postes de travail à déployer, le nombre d’impressions qui seront générées, la quantité d’énergie nécessaire à son fonctionnement, sont autant de moyens de réduire les pollutions engendrées par cette activité mais également de réduire les coûts de fabrication du logiciel.

Anticipation des réglementations environnementales

De plus en plus de normes sont imposées aux entreprises pour rendre les produits et l’économie en général plus vertueux au plan environnemental. On pense par exemple aux directives qui visent les Equipements Electriques et Électroniques (EEE) RoHS et WEEE, REACH ou ErP visant à rendre les produits moins polluants. Mais également aux tentatives actuelles ou à venir des pouvoirs publics d’intégrer à notre économie les coûts de la dégradation de l’environnement qui ne sont pas aujourd’hui assumés par les entreprises (externalités négatives) : droits d’émission de CO2, taxe carbone etc. Face à l’arrivée de ces nouvelles réglementations, nul ne doute que les entreprises ayant déjà mûri la problématique de l’écoconception en tireront un avantage concurrentiel.

Différenciation du produit :

Éco-concevoir, c’est aussi créer un produit de meilleure qualité, plus robuste, plus durable et plus économe pour l’utilisateur, puisque ces qualités sont intimement liées à la réduction de l’impact du produit sur l’environnement et/ou à l’allongement de sa durée de vie active. L’utilisateur y trouve alors son compte. La consommation d’énergie est par exemple un souci bien réel pour le responsable d’un datacenter, qui verra ainsi un logiciel moins consommateur d’électricité avec un œil plus favorable, surtout à l’ère où les « opérateurs Cloud » fleurissent et ont intérêt à optimiser l’utilisation de leurs ressources. De même, l’autonomie des plates-formes mobiles est un enjeu essentiel pour les fabricants et utilisateurs de smartphones et tablettes, et les consommations de batterie engendrée par le logiciel est à prendre en compte.

Facteur d’innovation :

Le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’environnement affirme sur son site web : « L’écoconception est un aiguillon pour l’innovation, aussi bien en ce qui concerne la fonction du produit que les différentes étapes de son cycle de vie. Un regard nouveau pour optimiser les consommations (matière et énergie) et pour réduire les pollutions débouche parfois sur des idées entièrement nouvelles sur les composants du produit, son fonctionnement ou les technologies auxquelles il fait appel. ». Ce constat est valable aussi bien pour les logiciels que pour tout autre type de produit.

Image de l’entreprise :

A une époque où les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, s’engager activement à appliquer les principes d’écoconception des logiciels bénéficie sans aucun doute à l’image et au prestige de l’entreprise, avec des avantages en termes de retombées économiques.

C’est forts de ces constats qu’un groupe d’experts en « Green IT » a fondé le Green Code Lab dont le but est de promouvoir l’écoconception des logiciels et de proposer des outils et méthodes pour aider à sa mise en œuvre. Dans le cadre de la collaboration d’Orange avec GREENSPECTOR, lauréat d’un appel à projet ADEME sur l’écoconception des logiciels, les 2 organisations ont apporté leurs expertises respectives pour poursuivre les travaux, objet du [Guide Méthodologique de l’ACV des logiciels](lien vers le guide). La méthodologie que nous proposons ici pour réaliser une Analyse de Cycle de Vie (ACV) de logiciel s’inscrit pleinement dans un objectif de définition d’une méthodologie à diffuser largement pour initier de futures démarches d’évaluation des impacts de logiciels.
L’ACV est en effet un outil central et incontournable de l’écoconception des logiciels. Il s’agit d’une méthodologie standardisée ([ISO14040]( https://www.iso.org/fr/standard/37456.html) et ISO14044 notamment) qui permet d’évaluer les impacts environnementaux de biens manufacturés, services et procédés, ceci de façon globale et complète. Etudier les pollutions générées à toutes les étapes du cycle de vie d’un produit (conception, fabrication, utilisation, fin de vie), permet de n’en oublier aucune et de mettre en évidence la phase du cycle de vie la plus polluante (là où il faudrait porter l’effort prioritaire). Cet effort sera fonction des décisions de l’entreprise et de ses choix & contraintes stratégiques. Cette vision de toutes les phases permet de s’assurer aussi qu’une solution réduisant l’impact sur l’environnement à une étape ne va pas en générer un plus important à une autre étape du cycle de vie (pour éviter des transferts d’impact et/ou de pollution).
L’objet du [Guide Méthodologique de l’ACV des logiciels](lien vers le guide) est donc de proposer une méthodologie pour réaliser l’ACV d’un logiciel. Définir une méthodologie commune à cette catégorie de produits se justifie par le fait que les logiciels, souvent considérés à tort comme immatériels, présentent des spécificités par rapport aux produits dits « matériels ». Cette immatérialité soulève des questions quant à la meilleure façon de réaliser une telle analyse sur un logiciel.
Notons que l’aspect social, qui est l’un des 3 piliers du développement durable et auquel Green Code Lab prête également une attention particulière, n’est pas traité directement dans ce document (autrement qu’en termes d’impacts sanitaires indirects). Néanmoins, des [méthodologies d’ACV sociales]( https://www.ntt-review.jp/archive/ntttechnical.php?contents=ntr200703043.pdf) existent et dans une large mesure, ce qui est dit ici est tout à fait applicable et transposable à une analyse des impacts sociaux et sociétaux.

Quels objectifs pour une ACV des logiciels ?

Comme nous le verrons plus en détails dans le Guide Méthodologique de l’ACV des logiciels , la première étape d’une ACV des logiciels est la définition des objectifs et du champ de l’étude. C’est une étape essentielle car elle va déterminer de nombreux choix dans la façon de réaliser les étapes suivantes de l’étude, mais également le résultat même de l’étude. C’est pourquoi les ACVs sont dites « goal dependent ». Pour un logiciel, on peut identifier plusieurs objectifs:

  • Etudier les impacts environnementaux d’un logiciel donné (déjà réalisé) : consommation de ressources non renouvelables, d’énergie et émissions de polluants (chimiques ou particules) dans l’eau, l’air et les sols.
  • Déterminer les phases les plus impactantes de son cycle de vie fabrication/développement, utilisation, transport, fin de vie. Ce type d’étude pourra se restreindre à des catégories de logiciels (logiciels de messagerie, traitements de texte, CMS, page web…)
  • Identifier les opportunités d’amélioration et de réduction des impacts sur l’environnement pour de futurs produits. Cet objectif intéressera particulièrement les éditeurs et autres créateurs de logiciels soucieux d’améliorer la qualité environnementale de leurs produits.
  • Comparer les impacts environnementaux de plusieurs produits ou solutions logiciels afin de choisir celui ayant le moindre impact environnemental. Les utilisateurs (DSI, particuliers etc.) ou les développeurs / intégrateurs confrontés à des choix technologiques pourront ainsi utiliser cet outil. Dans le cadre d’une ACV comparée (évolution d’un logiciel ou nouveau produit), seules seront calculées les phases qui diffèrent entre les deux produits / services à comparer. La comparaison entre deux ACV est toujours risquée. Pour être crédible celle-ci devra se faire avec le même logiciel, à la même date, avec les mêmes règles de cut-off et de préférence avec le même praticien.

Comme toute ACV de produit et de service, pour être publiée, l’ACV d’un logiciel doit faire l’objet d’une revue critique indépendante. Découvrez quelles sont les spécificités et caractéristiques des produits logiciels dans un prochain article sur le blog.

Retrouvez l’intégralité du Guide Méthodologique de l’ACV des logiciels ainsi qu’une étude de cas réel sur l’évaluation des impacts environnementaux d’une application.